Category: Livres,Folio,Auteurs de A à Z
La Mer de la fertilité, tome 1 : Neige de printemps Details
Présenté par Tanguy Kenec'hdu

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Mishima a rédigé sa tétralogie de la mer de la fertilité, grande fresque proustienne versée dans les questions de la passion juvénile et de la métempsychose, à la fin des années 60. En 1970, après avoir remis la copie du quatrième et dernier tome à son éditeur, il se rend avec une troupe de fidèles à l'?cole militaire du quartier général du ministère de la Défense, ou il se donnera la mort par suicide rituel (seppuku) après avoir effectué un discours sur la nécessité de restaurer le prestige impérial.Ces faits en eux-mêmes ont grandement participé à l'édification d'une légende autour de l'auteur, légende qui a paradoxalement nuit au succès de ses livres. Il ne faudrait cependant pas s'y tromper : plus qu'une tendance droitière qui doit être remise à sa juste place, il y a surtout chez Mishima la confrontation d'un romantisme exacerbé avec l'entrée du Japon dans une ère capitaliste ou les valeurs traditionnelles n'ont plus leur place. Et c'est précisément cette longue transition entre le Japon de Meiji au boom capitaliste de l'après guerre qui est couverte par les quatre tomes de la mer de la fertilité.Ce premier tome nous compte l'histoire d'un amour passionné entre Kiyoaki Matsugae, l'héritier du marquis Matsugae, et de Satoko Ayakura, une fille de la noblesse de cours. Les deux protagonistes se connaissent depuis l'enfance, mais c'est un évènement extérieur qui va déclencher la passion entre ces deux personnages. L'histoire d'amour, au combien puissante et tragique, connaitra plusieurs rebondissement avant son dénouement final. Tout au long du récit, Honda, le meilleur ami de Kiyoaki, servira d'intermédiaire à cette relation, avant d'être le témoin privilégier des différentes réincarnation de son ami dans les tomes suivants.Très rarement il a été donné de lire une histoire d'amour aussi passionnée tout en étant privée des stéréotypes les plus éculés. Une performance quand on songe qu'un tel texte à été écrit à la fin des années soixante.La toile de fond de l'ère Meiji (nous sommes en 1914) est propice à l'introduction de toute une galerie de personnages propre à cette époque, entre ancienne noblesse de cours et bourgeoisie empreinte des nouvelles valeurs issue de l'ouverture du pays à l'Occident, sans oublier bien sur les instructeurs et servantes qui ont aussi leur rôle à jouer dans le récit.L'écriture, pour ce que nous en laisse percevoir cette traduction de qualité, est d'une beauté et d'une poésie à couper le souffle, et longtemps après avoir fermé le livre les descriptions de rencontres amoureuses dans des paysages enneigés ou des sentiments torturés de Kiyoaki restent dans la tête du lecteur. Difficile de ne pas penser à Proust. Mais la où chez Proust il y a parfois une trop grande sensiblerie, le ton chez Mishima est plus juste, plus en phase avec les passions qui fleurissaient à la fin de l'ère Meiji. Il s'agit sans conteste de l'un des meilleurs roman de l'auteur pour ce qui est de la narration et du style.Si le roman fait partie d'une tétralogie, ce premier tome s'avère autosuffisant. L'histoire d'amour qui est contée rappelle tous les grands classiques, et pourtant elle est neuve par tout un ensemble d'éléments qu'il serait trop long de décrire ici. Les personnages sont intéressants, travaillés et le style est exemplaire. Il s'agit là à n'en point douter d'une oeuvre majeure de la littérature du XXe siècle.


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