Category: Livres,Histoire,France
Soldats des colonies dans la premire guerre mondiale Details
Les affrontements entre les grandes puissances, France, Angleterre, Allemagne, sont peine termins dans les colonies lorsque la Premire Guerre mondiale clate en aot 1914. Bien qu'insuffisamment pacifi, le grand Empire colonial franais se rvle comme un rservoir de main-d'oeuvre, sur l'avis du colonel Mangin, spcialiste de la Force noire . Soldats et travailleurs des colonies sont recruts pour combler le manque d'effectifs ds la fin de 1914. Leur nombre s'amplifie partir de 1916. En 1918, le rle de Blaise Diagne, Sngalais et dput franais, soutenu par Clemenceau, devient primordial dans le recrutement massif de ses concitoyens-
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Chantal Antier-Renaud est l'une des spcialistes franaises sur l'emploi des troupes coloniales pendant la Grande Guerre, et plus largement sur l'tude de la Premire Guerre mondiale et de ses consquences sur les populations civiles. Ce volume, qui est une rdition aprs une parution initiale en 2008, vise, comme tous ceux de ces collections Ouest-France, une vulgarisation accessible sur le sujet.L'empire colonial franais, qui s'tend sous la IIIme Rpublique, va largement tre mis contribution pendant la guerre. Encourage par Jules Ferry, la conqute coloniale, effrne entre 1880 et 1900, donne la France un empire de 10 millions de km en 1914. Un ministre des Colonies est cr en 1894. Les troupes de marine sont les premires recruter des indignes ; l'arme coloniale est rattache en 1900 au ministre de la Guerre, mais garde une autonomie. Joffre, Gallini, Mangin, officiers de premire importance pendant la guerre, ont tous servi dans les colonies. La question du recrutement indigne fait d'ailleurs dbat avant la guerre. Les colonies n'ont pas le mme statut. L'association l'emporte aux Antilles, au Sngal, en Cochinchine, en Guyane et la Runion, les plus anciennes ; en Afrique du Nord en revanche, la domination franaise est plus militaire.En 1914, on trouve au sein de l'arme franaise l'arme d'Afrique, compose de Franais d'Afrique du Nord servant aux cts de Marocains, d'Algriens et de Tunisiens (19me corps d'arme), de la Lgion Etrangre, des tirailleurs sngalais et des Bataillons d'Afrique, disciplinaires. L'arme coloniale, depuis 1900, regroupe des units franaises stationnes dans les colonies, ou en mtropole en attente de ce service, et des units indignes encadres par des Franais. En 1915, les pertes sont telles qu'on mlange dans un deuxime corps d'arme rservistes franais et tirailleurs sngalais, et la pratique perdure. Le terme indignes est flou : les tirailleurs sngalais regroupent ainsi de nombreuses populations de toute l'Afrique Occidentale Franaise (du Soudan au Sngal). On recrute d'abord des indignes soucieux d'amliorer leur niveau de vie et qui servent en premier lieu craser les soulvements chez eux. Ces hommes ont l'habitude des guerres coloniales : des officiers franais pensent qu'ils sont inutilisables en Europe, contrairement Mangin, qui plaide dans son livre La force noire (1910) pour l'enrlement massif des coloniss. Les chiffres sont discuts. Le gouvernement et les historiens se basent sur le rapport parlementaire de 1924. Ceux de Runion, de Guyane, de Martinique, de Guadeloupe, de Saint-Pierre-et-Miquelon, des comptoirs indiens et du Sngal sont 38 220. Les Africains du Nord forment le plus gros contingent : 293 756 hommes. Ceux d'Afrique noire et du Pacifique sont 275 230. Les travailleurs coloniaux sont 200 000, avec 37 740 Chinois supplmentaires. Au total, 805 726 hommes. A l'arrive en France, des units comme celles de la Lgion doivent se rorganiser, comme dans le Rgiment de Marche de la Lgion Etrangre (RMLE). Ds 1889, une loi prvoyait l'octroi de la nationalit franaise contre l'engagement des indignes, mais elle n'est pas applique. Des dcrets permettent de recruter massivement entre 1913 et 1915, puis on dcrte la mobilisation gnrale partir du 9 octobre de cette dernire anne, ds l'ge de 18 ans. L'Algrie fournit, sous pression, des milliers d'hommes ds 1914. En Indochine, le recrutement ne commence qu'en avril 1915 : les Tonkinois fournissent surtout des travailleurs, 49 000, mais aussi 46 000 combattants. Ils ont mauvaise rputation, les autres soldats les considrent comme des embusqus parce qu'ils travaillent l'arrire. En 1916, on enrle aussi les Kanaks du Pacifique. En Algrie, on promet des mdailles, de nouvelles fonctions, des armes modernes, et la citoyennet franaise aux engags. Des troubles contre le recrutement ont lieu ds 1914-1915, notamment dans les Aurs. Des rvoltes ont galement lieu en AOF ds 1916, o le recrutement est difficile. A la fin de la guerre, il continue pourtant, sous l'impulsion du gnral Mangin et du dput du Sngal, Blaise Diagne. Les troupes coloniales sont installes dans les "camps d'hivernage", tablis notamment au sud-est de la France, comme Frjus. Malheureusement la fin du texte de ce chapitre est coup la p.41 (problme d'dition sans doute).Les troupes coloniales sont prsentes ds la bataille de la Marne en septembre 1914, o des bataillons algriens et marocains combattent au corps--corps. Recruts en masse en raison des pertes, les coloniaux sont de tous les combats en 1915 : Ypres, avec les premiers gaz de combat, la Champagne... A Verdun, en 1916, units maghrbines, tirailleurs sngalais et annamites se distinguent. Ils sont prsents au Chemin des Dames en 1917 et lors des dernires offensives en 1918. Les troupes coloniales se sont bien comportes pendant la guerre. Le Rgiment d'Infanterie Coloniale du Maroc, cr en 1915, qui reprend le fort de Douaumont Verdun en 1916, est le plus dcor de l'arme franaise. Le 1er Rgiment de Marche de Tirailleurs Algriens (RMTA) est de toutes les grandes campagnes entre 1914 et 1918. Les tirailleurs sngalais impressionnent tellement les Allemands au nord de Reims, l't 1918, que ceux-ci n'ont plus que les strotypes racistes pour juguler leur peur. Les troupes coloniales servent aussi sur le front d'Orient, aux Dardanelles, en Macdoine, entre 1915 et 1918. Ils participent galement l'investissement des colonies allemandes en Afrique. Mais bien que dcors, les indignes n'obtiennent pas individuellement la reconnaissance attendue : pas de grade quivalent aux Franais, notamment. Les frustrations sont normes.En 1917, l'arme franaise ne compte que 6 (!) officiers africains. On encourage gnralement ceux qui peuvent aider au recrutement, comme le fils d'Abd el-Kader. En 1918, il n'y a qu'un seul officier suprieur algrien naturalis, le lieutenant-colonel Cadi, et 8 officiers musulmans. Des figures fminines, comme Fatima la Marocaine ou Madeleine Martin, fille d'un Franais d'Algrie l'origine de la chanson La Madelon (1913), laissent une empreinte durable. Avant 1917, peu de titres de la presse ou mme de journaux de tranche voquent les troupes coloniales, qui ne constituent qu'une faible partie des effectifs sur le front nord-est. Le 9 juin 1917, lors de la journe de l'Afrique et des troupes coloniales, l'injustice est en partie rpare, notamment dans L'Illustration. Les Franais portent un regard complexe sur les troupes coloniales : les Annamites sont considrs comme des embusqus, les Noirs sont rputs comme troupes de choc, mais on estime qu'ils se dbandent devant des situations imprvues. En hiver, les troupes coloniales sont replies dans les "camps d'hivernage", ce que ne comprennent pas toujours les autres soldats. Equips d'armes blanches, les soldats des colonies ne font pas beaucoup de prisonniers allemands, ce qui, par contre, ne pose pas problme l'encadrement franais. En Orient, les coloniaux forment 16% des effectifs. Les conditions de vie sur ce front sont rudes. Malgr la propagande turque appelant la dsertion, celle-ci est trs rduite. Pour remonter le moral des troupes, les autorits concdent des rgimes spciaux sur la nourriture (pas de porc pour les musulmans, qui dcouvrent par contre le tabac et le vin). Ds dcembre 1914, les soldats musulmans peuvent tre enterrs selon leurs rites, de mme pour les bouddhistes en 1916. Dans les camps du sud-est, les indignes recrent un peu l'atmosphre de chez eux. Les relations avec la population franaise sont surveilles, avec des indicateurs pour le Service de renseignements parmi les interprtes ou les cadres. Les coloniss ont nanmoins des relations avec les femmes franaises, infirmires, marraines de guerre, prostitues. En ce qui concerne les marraines de guerre, l'image du Noir la sexualit dbride s'installe, et le gouvernement surveille, de peur de la "contagion" avec les Franaises ; les Maghrbins sont moins surveills. Il y aura pourtant des idylles et mme des mariages, notamment avec les Indochinois ; les enfants de ces couples ne sont pas bien accueillis dans la socit. Malheureusement, l encore, p.97, la fin du chapitre est coupe (dition encore une fois, probablement).Les colonies fournissent non seulement des combattants mais aussi des travailleurs : 190 000, l encore les chiffres sont contests. On trouve 18 000 hommes dans les usines fabriquant les pices d'artillerie en 1914. Les coloniss reprsentent 7% des effectifs dans les usines d'armement, mais 16% dans les autres industries. Le dput Flandin, en 1919, parle de 600 000 indignes ayant travaill en France pendant la guerre. Les chiffres sont difficiles tablir prcisment. Les Annamites et les Kabyles sont les plus apprcis comme travailleurs. Des Chinois sont recruts, aprs un accord avec ce pays, pour le terrassement ou la coupe des arbres. Les soldats coloniaux blesss sont galement utiliss l'arrire avant d'tre rapatris. Les gouverneurs des colonies se plaignent ds 1917 que leurs territoires sont lourdement ponctionns en hommes, ce qui n'est pas sans consquences sur l'activit locale. Les services de recrutement franais se chevauchent : travailleurs coloniaux du ministre de la Guerre, main d'oeuvre trangre du sous-secrtariat d'Etat l'Artillerie et aux Munitions... Les ouvriers des usines d'armement, spars des Franais, vivant dans des baraquements, sont escorts au travail. Les Indochinois, plus de 48 000, sont apprcis pour leur adaptation au mode tayloriste de travail des usines et leur docilit. H Chi Minh en a fait partie (sans que l'historienne s'y attarde davantage : l'encadr sur le sujet est particulirement dpourvu d'informations...). Les tensions sont grandes entre travailleurs franais et coloniss, mais aussi entre coloniss : les Sngalais affrontent les Indochinois ; les Cochinchinois, les Annamites et Cambodgiens se liguent contre les Indochinois, et ces adversaires se runissent contre les Chinois. A Marseille, dans la nuit du 14 au 15 juillet 1917, des soldats franais en attente de dpart pour le front d'Orient attaquent le campement africain. A Brest, les soldats franais assaillent les travailleurs kabyles et arabes. A Montereau, les permissionnaires et affects spciaux de l'industrie attaquent les travailleurs marocains et algriens d'une usine. A Pau, en octobre 1918, une bataille range oppose Sngalais et Annamites pour une histoire de femmes. Dans le monde agricole, on encourage l'instruction des indignes, comme en Seine-et-Marne, o 7 Tunisiens s'inscrivent pour apprendre le franais l'cole. Mais la prsence des coloniaux est mal perue, certains paysans prfrent des prisonniers de guerre la place des indignes. Les colonies fournissent aussi la France en guerre 2,5 millions de tonnes de marchandises.Le retour des soldats indignes se fait raison de 4 000 par mois jusqu'en 1920. La grippe espagnole et la peste rajoutent aux pertes en 1918-1919. Le rapport parlementaire dresse en 1924 le bilan des pertes humaines, qui n'est qu'une estimation : 70 800 tus, et 16 000 Franais des colonies morts au champ d'honneur avec eux. Les Maghrbins et les Sngalais paient le plus lourd tribut. Les pertes des soldats coloniaux sont comparables celles des soldats franais, ce qui contredit le mythe de l'emploi des troupes coloniales comme "chair canon". Les Allemands conservent une image trs sombre des soldats des colonies, et une vritable propagande raciste perdure leur encontre sous la Rpublique de Weimar, notamment lors de l'occupation de la Rhnanie en 1923. Les Franais sont impressionns par les Noirs de l'arme amricaine, qui pratique la sgrgation raciale ; les Blancs amricains, au contraire, sont choqus de la bienveillance des Franais l'gard de leurs soldats noirs... Au final, si les troupes coloniales dfilent sur les Champs-Elyses le 14 juillet 1919, si les dcorations pleuvent, les primes ne sont pas forcment verses au retour au pays. Le systme de grades et de pensions, qui excluent les Maghrbins, est trs contest. Il a fallu attendre 2006 pour qu'un monument en l'honneur des soldats musulmans morts soit inaugur Douaumont ; dans les pays coloniss, la mmoire de cet engagement a parfois disparu.L'ouvrage, abondamment illustr, est complt par une chronologie indicative et quelques rfrences bibliographiques.


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